Feb 17, 2019 Last Updated 8:09 AM, Feb 14, 2019

Vos concurrents sont déjà en ligne… et vous ?

Conclusions, par Pierre-Yves Thoumsin

1. Des opportunités

  1. Maîtres Deschamps et Vandiest ont présenté une série d'outils gratuits et simples d'utilisation. On est loin des solutions coûteuses et complexes qui semblaient jusqu’il y a peu réservée à des « élites ».

    Désormais, tout avocat peut prétendre à une présence sur la toile.

    Le réseau social LinkedIn offre par exemple une solution efficace pour partager gratuitement des informations variées relatives à son profil professionnel (données de contact, curriculum vitae, publications, documents, …).

  2. Mesdames Massa et Jugé résument les attentes du client contemporain par la maxime "Do it yourself, do it with me".

    Les outils en ligne permettent la large diffusion d'informations juridiques et la constitution de bases de données de documents standardisés (modèles de contrats ou de courriers, avis sur des questions récurrentes, …). On voit ainsi de nombreuses avocats proposer des services à tarifs très concurrentiels à destination des PME, ces dernières ayant ainsi accès à de véritables « boîtes à outils juridiques » en ligne.

    C’est ainsi un nouveau business model qui émerge, où des informations juridiques standardisées sont mises à disposition de manière automatisée et moyennant un tarif réduit. Néanmoins, il ne saurait remplacer la consultation personnalisée que peut offrir l'avocat et il doit se comprendre comme la première étape d'une relation nouée avec le client, qui sollicitera nécessairement l’accompagnement sur-mesure de son avocat à un stade ultérieur. Madame le Bâtonnier Feral-Schuhl insiste à cet égard sur la place cruciale de l'avocat par rapport à d'autres professions (para)juridiques susceptibles de proposer des bases de données similaires.

2. Des défis

  1. Les nouveaux outils en ligne de l'avocat soulèvent un nombre important de questions déontologiques. Parmi celles-ci, on peut relever la question de l'obligation ou non de disposer d'une adresse courriel. Le Bâtonnier Stéphane Boonen indique qu'un accord de principe existe au sein de l'OBFG pour imposer cette obligation.

    Cette exigence semble logique à l'heure où un nombre croissant de tribunaux belges préconisent la communication par courriel avec les avocats, et alors que les juridictions européennes (Cour de justice, Tribunal de l'Union, …) et nombre d'autorités administratives (Offices Benelux et européen de la Propriété intellectuelle) ont institutionnalisé ce mode de communication.

    Les autres questions déontologiques majeures ont trait au comportement des différents auxiliaires de justice sur les réseaux sociaux. Ces questions mobilisent des thématiques telles que la liberté d'expression, la présomption d'innocence, ou encore l'apparence d'impartialité, lorsque des avocats et des magistrats se présentent comme amis sur ces réseaux. Madame le Bâtonnier Feral-Schuhl appelle à la vigilance à cet égard, en employant l’image d'un "permis de conduire sur internet".

  2. Un second défi concerne le marketing. Mesdames Massa et Jugé en sont convaincues: désormais l'avocat doit se vendre. Et selon elles, ce qui se conçoit bien, s'énonce clairement, l'avocat devant être capable de se présenter de manière concise, au besoin le temps d’un trajet en ascenseur ("elevator pitch").

    Sur le plan du marketing, l'avocat est appelé à davantage de proactivité. Son seul statut ne lui permet plus d’attirer sa clientèle et l'avocat sort de son cabinet, à la rencontre de ses client. Il renouvelle sa proposition commerciale sous des formes nouvelles, qualifiées notamment d' « agence » ou de « laboratoire juridique ».

    Mais est-on si éloigné des fondamentaux ? Un contact direct et un rapport étroit avec le client ne sont constituent la base d'une relation avocat-client fructueuse.

3. Des questions

  1. Passant en revue les principaux réseaux sociaux, Maître Fesler souligne la difficulté de rester invisible. Madame le Bâtonnier Feral-Schuhl insiste quant à elle sur la problématique de l'e-réputation.

    La caractéristique et l'objectif premier de l'Internet étant la visibilité, on peut s'interroger sur la pertinence de certains comportements. Tous les états d'âmes, privés et à plus forte raison professionnels, valent-ils d’être exprimés urbi et orbi?

    Dans la sphère purement professionnelle, si Internet offre de prodigieux outils, permettant de partager des réflexions de fond et du contenu juridique, la prudence reste de mise à l’égard des réseaux sociaux. Il faut ainsi partager le constat posé par plusieurs intervenants de l'inadéquation de certains outils de communication tels que Twitter, qui privilégient des réactions courtes, souvent épidermiques et parfois regretables ex post.

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Cette nouvelle panoplie d'outils en ligne doit faire l'objet d'un usage proportionné qui n’escamote pas l'humain. L'avocat reste par essence un confident et un conseiller, ses écrans ne peuvent devenir des miroirs sans tain placés entre lui et son client.

Dernière modification le jeudi, 04 février 2016 11:07
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